Fammelette

L’origine du monde chez l’esthéticienne

Je me retrouve chez l’esthéticienne dans cette pièce sombre et pauvrement meublée. 

La table d’épilation au centre prend toute la place. Elle en impose. On dirait qu’elle m’attend. Je ne suis pas certaine de vouloir monter dessus. Alors pendant quelques minutes, je rase les murs du 10 mètres carrés à la recherche d’un endroit pour poser ma veste. Hésitante, je retire mes vêtements comme l’esthéticienne me l’a demandé. Elle arrive dans 15 min, le temps de « me mettre à l’aise ». J’accroche mon jean puis ma culotte sur le petit crochet qui me sert de portemanteau. Mes vêtements ne rentreront jamais là-dessus, c’est sur… Nos poches sont déjà minuscules ! Ah non, pas les portemanteaux s’il vous plaît ! J’ai besoin de place et d’espace pour me déshabiller.

J’ai besoin de souffler un bon coup. 

Après tout, c’est la première fois qu’on me demande de me déshabiller dans un lieu public. Je n’ai même pas encore eu mon premier examen gynécologique. Et même si ce n’est pas ma toute première fois chez l’esthéticienne (ma tante m’a déjà épilé pour dépanner), ce n’est pas pour autant que je suis détendue. Je me souviens de ces longs moments d’été debout dans la cuisine des parents, les jambes écartées. Entrée interdite aux papas !

Cette fois, je suis en terrain inconnu chez l’esthéticienne. 

J’attends l’esthéticienne. Je ne la connais pas. On passe aux choses sérieuses. J’ai foi mais je perds espoir de voir âme qui vive. Cela fait 30 minutes que j’attends la vulve à l’air. Mes poils s’hérissent. Il ne fait pas chaud ici ! La seule source de chaleur existante est la cire qui chauffe à côté. Elle m’apporte un peu de réconfort dans ma vulnérabilité. Allez ! C’est juste un mauvais moment à passer, le temps d’une épilation, mais le temps est long à poil sur une table.

Elle arrive enfin l’esthéticienne ! 

Elle a l’air plutôt gentille, me sourit et c’est parti ! J’écarte les jambes. J’ai eu largement le temps de m’y préparer. Je suis prête à exposer mon intimité au grand jour, là dans cette cabine. Je montre à une inconnue ce que moi-même je ne connais pas encore. Ce que je n’ai encore jamais osé regarder dans une glace. Elle étale la cire chaude à l’aide d’un bâtonnet. Ça tire les poils. C’est inconfortable. La cire coule à l’intérieur et le long de mes lèvres. Ça brûle ! Elle pose la bande par-dessus et frotte. Un peu de douceur avant l’horreur. Un, deux, trois…Elle tire brutalement la bande, mes poils avec ! Aïe, ça fait mal. Et d’une !

On arrête tout ! 

Changement de programme : une stagiaire vient prendre le relais. J’espère qu’elle sait au moins ce qu’elle fait. Le maillot, ce n’est pas rien quand même. Bon, je n’ai pas le choix de toute façon. Il faut continuer et aller au bout des choses. Dans la vie, on va au bout des choses. Sois courageuse. Sois belle et tais-toi. Et de deux…et demi ! La bande ne part pas. Elle se rate. Bien sûr, il fallait qu’elle se rate la stagiaire ! Il faut recommencer.  Il n’ y a rien de pire qu’une bande de cire tirée. Aïe, aïe, aïe. Je vais y arriver ! Il faut souffrir pour être belle ? C’est bon, je souffre donc je serai belle pour la plage et la piscine. A ce stage, je ne suis plus qu’une vision exposée de mon corps que je blesse pour être jolie.

C’est fini, enfin ! 

Enfin, je me rhabille. Je quitte le salon d’esthétique avec une vulve imberbe brûlante et un bleu en prime. Je suis marquée à la bande de cire. J’ai eu ce que je voulais. Je me sens belle. Je me sens bien. C’est pas un peu masochiste ? Le marquis de Sade s’en foutait lui. Il écrivait des trucs bien pire et ne se posait pas la question. Moi j’écris sur ma première épilation en salon et je réalise que pour être belle, j’ai dû souffrir. Cependant, ne pas souffrir pour être belle, c’est mieux non ?

J’annonce !

Après cette expérience, j’ai changé de salon ! Ma mère m’a donné le nom d’une esthéticienne dans le village à côté. Elle exerçait chez ses parents pour couvrir ses frais. Plus intime et familiale et surtout efficace. C’est elle qui m’a réconciliée avec l’épilation à la cire. Elle a su me mettre très vite à l’aise et ne m’a jamais fait mal. Je l’ai même recommandé à des copines qui appréhendaient beaucoup l’épilation à cause de mauvaises expériences. Je ne suis pas la seule ! Au delà des diktats de la beauté, nos sommes nombreuses à nous épiler par choix personnel ou sociétal certes, et heureusement il a des professionnelles qui nous rendent ce service à la perfection.

Petite dédicace et remerciements à Laetitia et Aux Petits Soins !

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