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Pourquoi c’est bien pour une femme de vieillir ?

Pourquoi c'est bien pour femme de vieillir ?

La beauté, bien que subjective est intemporelle même si les femmes ont toujours peur de vieillir. Pourtant, c’est bien pour une femme de vieillir !

Tout d’abord, quand on parle d’une femme de plus de quarante ans, on dit d’elle « qu’elle est belle pour son âge ». Elle est plutôt bien « conservée ». Cette injonction touche directement le physique de la femme dépérissant au fil du temps. Au final, bien que la société veuille à tout prix opposer les deux, jeunesse et vieillesse font partie du cycle commun de la vie. 

Les femmes vieillissent, c’est un fait.

Tout d’abord, s’il y a bien une chose que nous ne pouvons pas nier, c’est que nous vieillissons. Un jour, quelque part au début de la chronologie de la vie, nous sommes jeunes. Puis, nous vieillissons chaque jour un peu plus et cela depuis le début. Chaque année, nous prenons un an de plus. Je suis vieille depuis le jour où j’ai soufflé ma première bougie. J’ai même mis le doigt sur la flamme de la première bougie de ma vie et je me suis brulée. Quiconque s’attaque à l’âge se brûle.

Ça fait mal d’être vieille, alors on fait semblant.

Par exemple, on se teint les cheveux pour cacher les mèches blanches et on triche un peu. On triche comme on peut. Personnellement, je n’ai jamais vu ma mamie aussi belle que le printemps dernier : eh oui, pas de couleur pendant le confinement ! Pour la première fois depuis 28 ans, je voyais apparaître par-dessus sa chevelure brune une mèche grise, une seule. Coquette depuis toujours et soucieuse de son apparence, j’ai été surprise par son air détendu. Les années étaient bien là, visibles sur sa tête, mais son sourire était plus jeune que jamais. Elle n’était pas négligée, ni belle pour son âge, non ! Elle était belle, un point c’est tout.

Certes, les crèmes « anti-âge » y sont peut-être pour quelque chose. Moi, je sais que Mamie s’est enrichie de bien d’autres choses durant toutes ces années. Elle n’est pas condamnée à rester celle qu’elle était il y a cinquante ans, elle est bien plus aujourd’hui. Elle a toujours refusé qu’on l’appelle « grand-mère ». Maintenant je sais pourquoi : à chaque fois que nous appelons une femme d’un certain âge « grand-mère », nous omettons son identité propre, son courage ou encore son indépendance. Mamie n’est pas juste ma « grand-mère », elle est une femme unique façonnée par ses expériences et ses choix de vie. Elle est pour moi un modèle de liberté.

Dans les médias, on a fait un arrêt sur image : les femmes ont arrêté de vieillir.

Très souvent, les femmes représentées dans les médias, surtout les célébrités ne montrent aucun signe de vieillesse. On nous donne l’image de femmes qui ne changent pas et qui ne prennent aucune ride, un peu comme s’il ne fallait surtout pas en avoir.

Lorsque je pense à une femme de cinquante ans, je pense tout de suite à ma maman. 

Pour commencer, ma mère est sûre d’elle, elle assume ses choix et sait ce qu’elle veut. Elle a des valeurs et n’y déroge jamais. Si ma mère était née à l’époque de la chasse aux sorcières, elle aurait fini au bûcher avec ses chats et sa fille féministe au passage ! Ensuite, elle est typiquement ce genre de femme qu’on considérerait comme une « harpie », pour la seule raison qu’elle s’affirme et qu’elle parle un peu fort. Si ma mère est une divinité mi-femme, mi-oiseau (c’est ça une harpie dans la mythologie grecque) alors c’est juste une vraie « bad-ass » ! Plus authentique que ma mère, il n’y a pas. Elle ne triche pas. Elle a son style à elle et ne porte pas de maquillage. Ses émotions sont brutes comme l’or. Aussi, ma mère est gardienne du temple de la vie et de la mort. 

De la vie, tout simplement parce qu’elle me l’a donné, la vie. Selon Elisabeth Gilbert, il existe trois catégories de femmes : « celles qui sont nées pour être mères, celles qui sont nées pour être tantes, et celles qui ne devraient pas s’approcher d’un enfant à moins de trois mètres […] » Une fois de plus, ma mère savait à quelle catégorie elle appartenait quand elle a décidé de consacrer vingt années de sa vie entièrement à ses enfants.

De la mort, parce que dans sa vie durant, elle a vu des proches partir les uns après les autres et les a accompagné jusqu’à la fin. Je n’ai pas peur de la voir prendre des cheveux blancs car elle m’a appris à ne pas avoir peur de la mort ni de la vieillesse.

Enfin, ma mère a toujours traité les plus jeunes, comme les plus vieux, de la même façon, avec respect et dignité, dans la vie comme dans la mort.

Peu importe l’âge, notre culture occidentale a décidé depuis longtemps que le corps des femmes plus vieilles était répugnant. 

Virginie Despentes dit que « les hommes n’ont pas de corps »  dans le sens où jamais au cours de l’histoire ils n’ont eu à se soucier de quelconques injonctions sur leurs corps. Quoi qu’elle fasse avec son corps, le corps de la femme ne lui appartient pas puisqu’il appartient au regard de la société de le juger encore et toujours, et cela depuis des siècles. Revenons à l’injonction de jeunesse éternelle qui pèse sur la femme comme l’épée de Damoclès au-dessus de sa tête…Aussi jeune puisse-t-elle paraître, mince et lisse, il suffit d’une lèvre un peu trop botoxée synonyme de manque de naturel pour qu’elle devienne la risée des autres : « regarde, on dirait une poupée Barbie gonflable ! »

Aussi, voici un passage d’Éloge de la folie d’Érasme (âmes sensibles s’abstenir) : « Les vieilles amoureuses, ces cadavres à peine mouvants qui semblent revenus des enfers, et qui puent déjà comme des charognes, le cœur leur en dit encore : lascives comme une chienne en chaleur, elles ne respirent que les plaisirs sales, et vous disent franchement que sans eux la vie n’est plus rien. »

Il laisse à réfléchir sur la façon hideuse dont on voyait le corps des femmes âgées en 1511. On parle bien de ces femmes qui ne pouvaient plus enfanter. Il s’agit aussi de celles qui étaient veuves. Elles n’avaient plus le droit à une sexualité. Et si cette vision horrible était encore ancrée dans les pensées actuelles ? 

Bien que la société dans laquelle on vit ne soit pas toute belle et toute rose, j’ai espoir quant à la vision de la « vieille femme ».

Je crois que les histoires de femmes sont belles. Peu importe le moment où elles se trouvent sur la chronologie, ces femmes ont encore le temps de découvrir leur soi intérieur. Ce soi que personne ne  connaît, mis sous silence depuis trop longtemps. Il y a encore tant à explorer et mettre au grand jour. Je conclurai sur une citation de Sophie Fontanel : « la représentation de la femme de cinquante ans, de sa beauté, de sa liberté, reste une terre inexplorée. » 

Le saviez-vous ?

En France, 9% des femmes sont cheffes d’entreprise (2018) et le taux de femmes entrepreneures de plus de 60 ans s’élève à 0,9 % contre 4,6 % pour les hommes (Insee, 2014).

Pour Fammelette, je suis allée à la rencontre de Marie-Jeanne, dirigeante de l’entreprise Simpl’etsens depuis 2019. Avec elle, je bouscule les statistiques !

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