Fammelette

Une femme libre dans une société patriarcale

Sommes-nous des femmes libres ?

Quel rapport avons-nous avec notre corps de femme ? Quel image renvoie-t-il ? Une image de séduction ou de fécondité ? De respect ou d’humiliation ? Pourquoi les hommes consomment-ils à outrance l’image du corps de la femme ? Quel regard portent-ils sur ce corps ? Qu’est ce qu’une femme libre ?

Jusqu’à maintenant (j’ai bientôt 30 ans !), j’étais plutôt orientée “date” et vin rouge que “baby shower” et lait maternel, il faut bien l’avouer ! Cependant, en grandissant, je m’en rends compte et il n’y a rien que je puisse faire contre, c’est ma dualité : je suis une femme à la fois séduisante et féconde. Pourtant, mis à part l’exemple de ma propre mère, ma culture ne me propose aucune image à laquelle je peux m’identifier vraiment en tant que mère. Ah si, Britney Spears (je suis fan depuis l’enfance !) est maman quand même, mais ça fait douze ans qu’elle est sous tutelle et qu’elle a la garde ses enfants à seulement 30 %. Tu parles d’un rêve maternel ! 

Non mais franchement, j’ai le temps pour ces trucs-là ! Et puis quand on en parle, ça donne pas bien envie : douleurs, changements, bouleversements hormonaux, fin de l’indépendance. Avoir un bébé, c’est comme se faire un tatouage sur le visage. Pas d’autre choix que de l’assumer ensuite, donc il faut bien y réfléchir. Et puis, pourquoi en faire un tout court ? Je n’en ai pas envie et une vie de Covid-19, c’est tout ce que je ne veux pas pour ma progéniture. De toute façon, l’effondrement économique est proche donc ce n’est pas la peine de s’étaler… En théorie, je vis à une époque où je suis une femme libre d’avoir ou de ne pas avoir d’enfant.

Comme la devise “Liberté, Egalité, Fraternité”, je me considère comme une femme libre, égale et “frère” avec les hommes. 

Pourtant, Nancy Huston frappe fort dans son ouvrage “Reflets dans un œil d’homme“. La femme est certes libre de travailler, voter, gérer son compte en banque et décider de sa maternité. Mais, toujours au nom de la Liberté, elle est emprisonnée dans ce que Nelly Arcan (écrivaine) appelle “burqa de chair”. Cela fait référence à la burqa en tant que voile intégral. La “burqa de chair” correspond à la fois à ce que je peux faire. Par exemple, marcher dans la rue. Mais cela correspond aussi paradoxalement à tout ce que je ne peux pas faire. Puisque dans la rue, je suis en danger. En fait, je suis une femme libre dans une société patriarcale. Ce qui me trouble le plus, c’est le double discours. D’un côté, un discours d’égalité contre la violence. De l’autre, des mises en scène quotidiennes de domination et de séduction dans les médias, même si j’ai l’impression d’en voir quand même moins qu’il y a dix ans. Comment s’y retrouver dans tout ça ? 

Le paradoxe du mannequin et de la putain est très représentatif de la société dans laquelle nous vivons et surtout de la place de la femme. 

D’abord, il y a la société qui fait circuler une image trop lisse de la femme : c’est ce corps de mannequin, beau, jeune et sportif que la femme aspire à avoir. Et puis, il y a l’image de la femme consommée en masse par les hommes dans les magazines, la publicité, les clips vidéo et surtout le porno : c’est le corps de la putain. Avec le porno par exemple, on suscite un faux désir, on donne une image “fake” de la femme, un canon esthétique dont on ne jouit qu’une seule fois. Bah oui, on se lasse vite des choses trop parfaites ! Les garçons n’ont encore jamais eu de vraies relations et pourtant, ils ont déjà commencé à regarder des films pornographiques qui montrent, entre autres, des rapports forcés !

Même les femmes ont fini par trouver leur place dans le schéma dominant/dominée. À chacun sa place, l’une valorisée au-dessus, et l’autre humiliée en dessous. Devinez où se trouve la femme libre ? La reproduction de ces comportements contribue sur le long terme à la banalisation de la violence envers les femmes dans la société actuelle et à la reproduction d’une sexualité biaisée complètement en décalage avec nos désirs réels. Car oui, le porno nous propose une version de la sexualité à consommer rapidement, la même pour tout le monde, un peu comme chez Mac Donald’s ! 

Concrètement, le quotidien d’une femme libre, ça donne ça…

Je suis libre de me faire belle et de me pavaner, de me considérer l’égale de mon copain, et enfin d’accepter qu’il se masturbe devant des images de viol sur internet. Paradoxalement, je suis en danger seule dans la rue, mon copain à un meilleur salaire que moi, mais heureusement, il n’est pas un violeur ! Revenons un peu à notre bonne vieille devise française… Je suis libre de me promener mais je ne suis surement pas l’égale de l’homme ni dans l’espace public, ni privé car je ne suis pas confrontée aux mêmes dangers. Moi, je risque de me faire tabasser, violer et assassiner.

Mon copain a peur quand je sors car il sait que c’est risqué pour moi, bien plus que ça ne l’est pour lui. Quand je marche sur le trottoir, je suis toujours aux aguets. J’ai un peu honte car je me sens paranoïaque. En sortant de chez ma sœur la semaine dernière, un homme dans une voiture noire au regard insistant s’est garée juste à côté de moi sur le parking. J’ai eu un mauvais pressentiment, j’ai fait demi-tour. C’est ça la liberté ? Ou plutôt, être une femme libre, c’est la liberté de se promener dans une jungle, toujours dans la peur.

Jusqu’à preuve du contraire, tout le monde fait partie intégrante de cette jungle. 

On fait partie de la nature et ce n’est pas prêt de changer. L’ouvrage de Nancy Huston “Reflets dans un œil d’homme” bouleverse ma pensée. Nancy Huston rappelle que la nature existe quoiqu’on fasse et cela même si nous la retravaillons à notre façon. Les hommes et femmes sont des êtres singuliers qui ne tiennent pas toujours des rôles. 
Pour une femme, porter un enfant, ce n’est pas un rôle. En effet, il ne faut que 3 secondes à un homme pour féconder une femme, s’ensuivent pour celle-ci neuf mois de grossesse. De plus, il se peut que quoi qu’on y fasse, les hommes n’aient jamais les mêmes désirs sexuels que les femmes.

Selon la théorie du genre, on ne naît pas homme ou femme, on le devient par choix personnel. 

On ne naît pas femme, on le devient” : cette citation emblématique de Simone de Beauvoir, qui soutient que les différences entre les hommes et les femmes ne seraient pas biologiques mais culturelles, bouleverse les pensées de l’époque. On rejette toute notion de différences innées entre les humains. Tout est variable de culture en culture puisque de la culture dépendent les codes de conduite de chacun.e.s. 

À en croire la théorie du genre, l’avenir de la femme dépend de notre conduite et le rôle que chacun.e.s d’entre nous jouera dans la société à venir. 

Cependant, il est nécessaire de reconnaître les différences pour pouvoir mieux les inculquer. 

Dans ce contexte, l’éducation est essentielle, mais pas n’importe laquelle. Et si on mettait les hommes à l’école des femmes un peu, plutôt que le contraire ? 

Nous vivons aujourd’hui dans un monde masculin de requins dans lequel les femmes s’oublient et ne vivent qu’en fonction et pour le regard de l’homme. Il est temps que cela cesse. Afin d’atténuer les différences entre les sexes, il y a du travail à faire aussi bien du côté des hommes que du côté des femmes. Éduquons nos petits garçons, apprenons leur à pleurer plutôt qu’à être forts, parlons leur de la  femme libre et authentique, pas de celle qu’ils voient à la télé. Éduquons aussi nos petites filles, apprenons leur l’anatomie féminine et parlons leur de la grossesse. 

Mais qui est cette femme ? Le savons-nous nous-même ? 

Je me bats contre les stéréotypes de genre et les idées admises sur la femme. Par exemple : la femme est faite pour procréer. Mais en même temps, c’est vrai. Je peux le nier autant que je veux, mais biologiquement et jusqu’à preuve du contraire je peux le faire. Bien entendu, ce n’est pas parce que je peux le faire que je dois le faire. Nous sommes toutes libres d’avoir des enfants ou non. Quoi que nous fassions, nous possédons cette singularité par rapport à l’homme. Et c’est cette dernière qui conditionne notre existence depuis des siècles. C’est cette pression de la grossesse qui a retardé notre émancipation ! À quoi bon la nier, elle est bien là non ? Par contre, singularité ne veut pas dire fatalité. La preuve en est : la pilule. Si nos parents nous laissent sortir seules le soir plutôt sereinement c’est peut-être parce qu’ils savent que nous sommes sous cacheton !

Le combat n’est pas fini et les choses peuvent évoluer et changer.

Continuons à nous battre pour nos droits et à faire évoluer les mentalités, mais ne nous oublions pas sous les luttes et le militantisme. N’oublions pas qui nous sommes, ce qui fait de nous ce que nous sommes. Ne nions pas nos singularités non plus, même si parfois on aimerait pouvoir les oublier (règles, grossesses, etc…) car ce sont ces différences qui font de nous des femmes. Attention, des femmes sans règles et sans grossesse, ça existe aussi !

Ce regard que l’homme pose sur nous est inquiétant mais en parallèle nous restons libres d’agir et de penser. Malgré l’œil masculin, quelle que soit la femme que nous souhaitons être, cela dépend de nous et seulement de nous.

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